a

a

La revue Cinéscopie, est une revue trimestrielle qui s’adresse aux amateurs de cinéma : cinéphiles et cinéphages, collectionneurs, cinéastes amateurs et autres curieux.

44 numéros ont été publiés de 2006 à 2016.

Ce blog vous propose de découvrir les anciens articles de la revue et quelques nouveaux textes publiés au gré de mes envies.


Les opinions exprimées dans les articles sont de la responsabilité de leurs auteurs. Elles ne représentent pas l’expression de la rédaction.

Translate

mardi 14 novembre 2017

Les films de ma collection






KRYSAR (16 mm, couleur)




« Krysar » est un film tchécoslovaque de Jiří Barta réalisé en 1985.

Jiří Barta est né à Prague en 1948. Il a réalisé une quinzaine de courts métrages et deux longs : « Krysar » en 1985 et « Drôle de grenier » en 2009. Lui et Jan Svankmajer furent les chefs de fil du renouveau du cinéma d’animation tchécoslovaque dans les années 80.

L’histoire de Krysar est celle du « Joueur de flûte de Hamelin », légende allemande du XIIème siècle qui a connu de multiples interprétations. Elle fut transcrite, notamment, par les frères Grimm.
Le conte nous parle d’une ville envahie par les rats et dont les habitant meurent de faim. Le joueur de flûte chasse les animaux parasites mais, suite à l’ingratitude des habitants d’Hamelin, emmène leurs enfants et les enferme dans une grotte (parfois à la rivière ou à la montagne). Dans Krysar, la ville est habitée par des bourgeois méchants avares et répugnants et la vengeance du joueur de flûte s’exercera différemment.

Le film est esthétiquement magnifique. Jiří Barta adopte une vision expressionniste, cubiste et moyenâgeuse saisissante. Marionnettes et décors sont en bois. La perspective des décors est empruntée à celle du moyen-âge en utilisant des tailles différentes pour signifier l’éloignement. Les lignes des maisons sont essentiellement obliques et les surfaces triangulaires priment. Les couleurs sont majoritairement sombres et dans les bruns, dominante rompue par le chatoiement des métaux précieux. Le marionnettes en bois sont massives et leurs déplacements peu gracieux correspondent à leurs caractères. Les mouvements du joueur de flûte, eux, semblent guidés par les ondulations de sa grande cape. Deux personnages sortent du lot : la jeune fille et le pêcheur qui représentent respectivement la pureté de l’âme et le simple d’esprit dans le sens évangélique. Enfin, l’idée géniale du cinéaste est d’avoir utilisé de vrais rats (morts et vivants) éléments de chair et de fourrure portant au paroxysme le contraste entre le monde des marionnettes de bois et celui des vivants.

Il faut noter l’intérêt particulier de la bande son, prolongement sonore de la stylisation plastique, sans commentaire, qui associe une musique très expressive et des dialogues ponctués d’onomatopées inspirés par des textes dadaïstes allemands. L’ensemble a été conçu par le compositeur Mickael Kocab.

Comme toujours dans le cinéma d’animation tchécoslovaque, l’animation est une création artistique en elle-même. Les mouvements ne cherchent pas à imiter servilement ceux de la réalité mais permettent de créer un monde imaginaire.









samedi 28 octobre 2017

Filmoscopie




FILMOSCOPIE : ça, Andrès Muschietti




ça est réussi ! ***

Je n'ai pas lu le roman de Stephen King dont est tiré le film d'Andrès Muschietti mais j'ai vu la première version de 1990 réalisée pour la télévision par Tommy Lee Wallace. Je l'avais bien aimée mais je l'avais trouvée un peu "gentillette". Et bien là, ça n'est plus du tout le cas ! La version moderne est terrifiante. Le la est donné dès le début, lorsque le gamin, Georgie, se fait arracher le bras par la créature maléfique. Je n'avais encore jamais vu scène aussi "osée" pour un film "grand public" (même si celui-ci est âgé de plus de 12 ans). 

Ici, comme toujours dans les bouquins de Stephen King, les personnages sont "fouillés" et attachants. L'histoire est bien ficelée et l'on peut se laisser voluptueusement happer par les aventures horrifiques de la bande d'enfants d'autant plus sympathiques qu'ils forment un panel de malchanceux de la vie.





Une suite est à venir, justifiée car elle nour racontera la seconde partie du roman. On l'attend impatiemment.
Il faut se souvenir que l'argentin Andrès Muschietti est le réalisateur de l'excellent "Mama" (2013).

Vu en VF (malheureusement) au cinéma Le Clovis de Soissons.





vendredi 6 octobre 2017

Les Films de ma collection




LES SS FRAPPENT LA NUIT (16mm, N&B, VF)



« Les SS frappent la nuit » est un film de Robert Siodmak réalisé en 1957 en Allemagne. Le titre français[1], comme souvent à l’époque, est destiné à accrocher le spectateur sans beaucoup tenir compte de l’histoire. Il donnerait à penser qu’il s’agit d’un film de guerre. Ce n’est pas le cas. Il s’agit plus d’un film policier bien que le contexte soit très particulier : l’Allemagne en 1944. En effet, ce qui est singulier dans ce film, c’est que l’action se déroule pendant la guerre et que l’on voit, de façon assez réaliste, des gens vivrent normalement. D’autres films montrent la vie, en temps de guerre, dans les pays occupés par les Allemands, parfois de manière caricaturale (pour les films américains) mais mis à part la saga « Heimat » (réalisée en 1984 par Edgar Reitz), « Les SS frappent la nuit » est le seul film de ce genre que je connaisse.

Robert Siodmak fait partie de ces cinéastes européens (dont de nombreux Allemands et Autrichiens) qui se sont exilés aux Etats-Unis soit pour échapper au régime nazi soit happés par le cinéma américain dès la période du « Muet ». On peut citer Fritz Lang, Detlef Sierck (Douglas Sirk), Max Ophüls… pour les premiers , Friedrich Wilhelm Murnau, Ernst Lubitsch, Otto Preminger, Fred Zinnemann… pour les seconds. Comme Lang, Siodmak retourna en Allemagne pour y signer la réalisation de plusieurs film dans sa langue maternelle dont le très réussi « Les SS frappent la nuit ».
De sa filmographie importante, on retiendra « Les Hommes le dimanche » merveilleux film muet (1930) quasi-documentaire sur les loisirs des travailleurs berlinois le dimanche (réalisé avec la collaboration de Billy Wilder et Fred Zinnemann), « Les Tueurs » en 1946 avec Ava Gardner et Burt Lancaster, Le « Corsaire rouge » en 1952 avec Burt lancaster.

« Les SS frappent la nuit » est un film policier sans suspens ni surprise car on connaît l’assassin dès le début du film. Mais il nous présente un portrait saisissant du psychopathe un peu à l’instar de « M, le maudit » de Fritz Lang, sans sa portée philosophique. Cependant le film dépasse la simple histoire d’un meurtrier pour aborder le thème de l’utilisation, de l’exploitation d’un fait divers à des fins politiques. Celui-ci dépasse le cadre de l’Allemagne nazie : on sait que la transformation de la réalité dans un but politique est un procédé couramment utilisé.
Le film est également est également un regard sur la vie de tous les jours en Allemagne en 1944 tout en insistant sur les contradictions au sein de la population quant à la perception du régime nazi.

Le film de Siodmak possède d’indéniables qualités esthétiques avec des images sobres mais parfois impressionnantes comme le premier plan où l’on voit Bruno se cacher dans l’eau et la scène du meurtre tourné avec des cadrages et une lumière expressionnistes. La mise en scène est également sobre mais efficace et brillante parfois. La scène du meurtre manqué est extraordinaire de tension. Le plan dans lequel Bruno se dirige vers la porte d’entrée de l’appartement pour la fermer pendant que la victime supposée s’affaire à la cuisine est génial et pourtant très sobre. On sent la pulsion meurtrière naître puis s’imposer inéluctablement chez Bruno avec un calme effrayant.

Les acteurs, excellents, sont des acteurs allemands ou suisses que nous ne connaissons pas en France à l’exception de Mario Adorf qui interprète le rôle de Bruno. Sa filmographie est impressionnante et internationale. On a pu le retrouver notamment dans « Le Tambour » de Volker Schlöndorff en 1979. Mario Adorf a aujourd’hui 87 ans.





[1] Le titre original est « Nachts, wenn der Teufel kam » : La Nuit, quand le diable venait.

mardi 20 décembre 2016

Cinéscopie n°44

Le n°44 de Cinéscopie est paru, c'est le dernier !






mardi 24 novembre 2015

Foire cinéma



Les Cinglés du Cinéma auront lieu, à Argenteuil, en janvier 2017.










jeudi 22 octobre 2015

FILMOSCOPIE - Crimson Peak - Guillermo del Toro






J'ai cherché des qualificatifs adaptés à Crimson Peak et j'ai pensé à baroque, gothique, fantastique, horrible et, le plus approprié me semble-t-il, romantique.
Le moteur du scénario est une double histoire d'amour racontée de manière précieuse dans un style gothique. Les références au cinéma et à la littérature fantastiques sont nombreuses. J'ai pensé surtout aux films de la Hammer et aux écrits de Lovecraft.
Les décors, les costumes sont somptueux et l'on est fasciné par les splendides images du directeur de la photographie Dan Laustsen.
La caméra, toujours en mouvement, nous transporte d'un lieu à l'autre, d'une scène à l'autre, avec une incroyable douceur, véritable pied de nez à l'horrible technique du found footage tellement à la mode depuis quelques années (mais pourquoi donc ?)
Ce film ne révolutionne pas le cinéma fantastique et n'est pas non plus, à mon avis, le meilleur film de Guillermo del Toro - je lui préfère "L'Echine du diable" et "Le Labyrinthe de Pan" - mais c'est une pierre précieuse remarquablement ciselée comme un rayon de soleil dans le marasme cinématographique d'aujourd'hui.

Vu en VF (malheureusement) au cinéma Le Clovis de Soissons.




mercredi 19 août 2015

samedi 8 août 2015

50ème ANNIVERSAIRE DU SUPER 8


















Le samedi 24 octobre 2015, on fêtera les cinquante ans du super 8 mm partout dans le monde.
Pour suivre l'événement, allez sur le site :

En France, la Cinémathèque du Cinéma Amateur rendra hommage au Super 8 mm à Soissons dans l'Aisne.






















dimanche 14 juin 2015

LES PLUS BELLES MUSIQUES DE FILMS




LE MAGICIEN D'OZ
VICTOR FLEMING
1939

Musique de Harold Arlen










TECHNIQUE - Projecteur - Vues fixes 35 mm



Un petit cousin de la projection animée


Dans la rubrique « Boîtes à chaussures, charentaises et autres objets de confort pédestre », un petit cousin de la projection animée : les projecteurs de vues fixes en longueur au format 35 mm et les films qui l’accompagnent.


Il ne suscite que peu d’intérêt, d’une esthétique rarement attrayante, quoi que… Pour certains, ce serait une forme de sous-produit du cinéma, là aussi, quoi que…
Si pour les plus âgés, et à la mémoire vive, chacun se souvient de la projection qui ressemblait autant à une récompense qu’à l’illustration d’un cours des années 50, c’était plutôt un moment agréable voire inattendu ! S’y ajoutait la « mise en place » : obscurcissement approximatif des fenêtres, accrochage laborieux du drap tenant lieu d’écran, démêlage de la rallonge, déplacement des pupitres et le chahut incontournable qui accompagnait cet événement car c’était un vrai évènement !

Soyez rassurés pour la suite, il ne s’agit pas de sénilité précoce (avant c’était mieux !), mais d’un témoignage argumenté.


Projecteur Daffy 


Dès le début des années 30, les plus grandes marques de la photographie argentique produisaient et assuraient ainsi la belle succession des lanternes magiques. Leitz, dans le catalogue Tiranty de 1932, par exemple, remplaçait ainsi la Maison de la bonne presse.

Sa vocation, liée pour l’essentiel, à l’acte pédagogique, ne fait aucun doute. Sa parenté vis-à-vis de l’antique lanterne magique est évidente, tant dans son dispositif optique que par la fixité et le grand format des lumineuses images projetées.

Pathé avait ouvert la voie en 1923 avec ses films Pathéorama, la visionneuse des dites vues 30 mm – une rangée de perforations supprimée – était individuelle, dispositif en carton, tôle, bakélite, tout comme par analogie hasardeuse avec le kinétoscope Edison. Des projecteurs s’y sont ensuite ajoutés tout en conservant l’objet passe-vues initial. Vision collective donc ! A noter des séries coloriées au pochoir, tout comme les vingt films Pathé-Baby 9,5 mm.




La pellicule inflammable 35 mm en sera le support et remplace les plaques de verre lourdes, encombrantes et surtout fragiles.

Les sujets multiples et variés, voire inattendus, en noir et blanc puis en couleurs, ne pourraient faire l’objet d’inventaire tant les éditeurs furent nombreux ainsi que les thèmes abordés : vues enfantines, touristiques, scientifiques, religieuses (Ah ! La vie de Jésus !, Oh ! Les fables de La Fontaine !, Ah ! Le baron de Crac !, Ouille ! Les malheurs de Sophie !, Zut ! Le code de la route !, etc.). Les clients ne manquent pas : Ministères, SNCF, Croix rouge… Le champ est large.






Les greniers d’écoles rurales et urbaines regorgent encore aujourd’hui de ces bandes contenues dans des réceptacles ronds ou carrés, en carton, plastique ou aluminium, pieusement conservés dans l’inévitable boîte à chaussures. Par chance, les « instits », quand ils ne font pas l’objet de suppression de postes, conservent ces « relique du passé » avant que l’évacuation du dit grenier vers la déchetterie la plus proche, n’en prononce le deuil tant physique que de mémoire.







L’investissement/sauvegarde sera toujours généreux dans le vide grenier proche selon la pointure de celui ou celle qui a procédé au rangement. Prudence toutefois, le contenu des petites boîtes peut-être différent du titre affiché, le rangement après projection ayant pu s’avérer approximatif.
C’est rarement prohibitif, moins cher que le contenu de l’emballage initial !







Une cinquantaine de bobineaux pour quelques euros peuvent satisfaire votre curiosité , bonnes et mauvaises surprises à l’avenant.
Surprises aussi après consultation détaillée : la « Pub » est déjà présente. Banania accompagne la fédération française de basket-ball pour expliquer les règles de ce sport. La RNUR (Renault) et SMCA (Société Industrielle et Mécanique de Construction Automobile, puis Talbot !) nous expliquent le fonctionnement de l’automobile… et bien d’autres…






L’appareil de projection n’a pas toujours bénéficié des mêmes égards. La défaillance de l’ampoule et son remplacement aléatoire voire son coût et les changements de tension électrique lui a imposé la « montée au grenier ». A noter la variété des lampes utilisées, tant pour la tension allant de 6 à 220 volts avec des culots multiples (trente références au catalogue Photo-Plait de 1936), rien que ça !
Quant à son maniement, pas d’observation tant l’évidence s’impose.

D’autres images « venant de devant » ont remplacé celles qui venaient « de derrière ». Une grosse pointure ne pouvait le contenir, poussière et toiles d’araignées l’ont envahi sans fuite de toiture dans le meilleur des cas.

Toutefois, pour les amateurs de technologie, leur fabrication fait souvent l’objet de soins et de matériaux recherchés hors la ventilation de la lampe souvent absente. Selon l’époque, on passe d’une carrosserie imposante en tôle peint martelée assortie du rhéostat et de l’ampèremètre de rigueur assemblés dans un coffret en bois gainé à un modèle en bakélite, refroidissement par circuit d’eau, rotation du passe-vues à 90° ou le parallélépipède en tôle peinte, inesthétique mais efficace.

Quant à l’optique classique, souvent de longue focale, s’y ajoute un filtre anti calorique quasi incontournable eu égard à l’immobilisation prolongée de la pellicule image souvent pincée et guidée dans le passe-vues par des verres optiques. Hormis le câble de raccordement à actualiser, seule une séance de ménage s’impose, le nombre de pièces en mouvement étant voisin de zéro. Le coton-tige imbibé d’alcool à brûler sera un précieux partenaire pour les recoins peu accessibles.





Tous les ingrédients du futur projecteur de diapositives 24 x 36 sont réunis, dans leur simplicité comme dans leur complexité à venir pour les derniers survivants. De même que pour les bandes d’images, impossible de référencer les constructeurs et modèles produits pendant plusieurs dizaines d’années.

A noter toutefois que le fameux « Carrousel » est incapable de projeter ces bandes  à moins d’opérations chirurgicales et re-montage dans des cadres adaptés.

Pourquoi en parler ? Parce que les images argentiques de grande qualité contenues dans ces bandes de 90 à 150 cm de longueur et contenant jusqu’à 40 images sont des éléments incomparables de mémoire voire de muséographie, tout comme les vues stéréoscopiques. J’en ai vérifié le bien fondé récemment auprès de conservatrices de musées afin de donner un minimum de légitimité à cet article.

Par ailleurs, quoi de plus pratique pour visionner, image par image, les photogrammes d’un bobineau de 35 mm d’aujourd’hui avant qu’il ne devienne virtuel, de plus, on peut consulter la piste sonore.

PS : C’était à Saint-Chabrais en janvier 2004, en Creuse (profonde), au cours d’ateliers autour du pré cinéma, dans une classe unique, que l’assistante maternelle apporta triomphalement la boîte «André » et son précieux contenu après une périlleuse descente d’échelle. Après « bidouille », la grosse lanterne magique est parvenue à effectuer une projection honorable… faute de lampe pour l’appareil original. Heureuse surprise, avant retour au grenier, c’était à l’inventaire !






Vous savez donc tout sur le titre. Ne négligez jamais le contenu d’une boîte à chaussure, elle peut contenir des trésors !

Claude Bataille


Des sites Internet :

Les photographies des appareils sont, pour certaines, celles d’appareils qui ont été mis en vente sur eBay. 



 (Article publié dans Cinéscopie n°20 - Décembre 2010)














mardi 5 mai 2015

Emission sur Internet



"ECRAN D'ARRÊT" est une émission intéressante et amusante, consacrée au cinéma, créée par Adrien Plaine et que l'on peut voir sur YouTube.


A regarder sans modération !






samedi 14 mars 2015

HISTOIRE - Les métiers du cinéma

HENRI MOIROUD, PHOTOGRAPHE DE PLATEAU

Par Roger Besson 

En 1993, un collègue de travail amena dans mon bureau un client en me disant qu’il avait bien connu Marcel Pagnol. Connaissant ma passion pour le cinéma, il avait compris que je serais intéressé. Ce monsieur, pas très grand, le cheveu grisonnant, avec des yeux malicieux derrière ses lunettes inspirait tout de suite la sympathie. Ce fut le début d’une amitié qui dura jusqu’en 1997 (date de mon changement d’affectation).


 
Henri Moiroud, Marcel Pagnol, Jacqueline Pagnol et un guide d'Allauch (de gauche à droite) posent dans la garrigue, 1945 (www.archives13.fr)

Henri Moiroud m’explique qu’il avait été photographe de plateau notamment de René Clair (film « AIR PUR » resté inédit). Il fut ensuite occupé pendant un an au Service Cinématographique des Armées. Il utilisait un appareil à photo Rollei ce qui le différenciait de ses collègues photographes de plateau qui se servaient de grosses chambres sur pied, difficiles à déplacer. Pagnol fut intéressé par cette technique et confia à Henri Moiroud la prise de clichés de « LA FILLE DU PUISATIER » dont toutes les photos connues sont de lui. Il a également photographié « MANON DES SOURCES » (avec Jacqueline Pagnol). Nous lui devons aussi les rares clichés du film « LA PRIERE AUX ETOILES » de Pagnol, jamais projeté.
Sachant que j’avais une maison dans le Luberon, Monsieur Moiroud me parla du tournage à Lourmarin de « ARLETTE ET L’AMOUR » en 1943 (dialogues de Marcel Pagnol) où il photographia Josette Day. J’ai pu voir d’elle des photos très belles.

Il m’a raconté que Pagnol l’avait contacté pour photographier « LES LETTRE DE MON MOULIN » ce qu’il ne put accepter étant déjà engagé sur le tournage de « ATOLL K » avec Laurel et Hardy et Suzy Delair réalisé à Marseille et à Nice.


Laurel et Hardy dans Atoll K.

Lettre de Pagnol à Moiroud (collection R. Besson)

Je rendais souvent visite au domicile d’Henri Moiroud. C’était un véritable plaisir de voir accrochées au mur de très grandes photos qui auraient fait le bonheur des cinéphiles : Laurel et Hardy en balade sur la promenade des Anglais, Henri Moiroud et Oliver Hardy photographiés par Laurel, Josette Day en petite tenue, Gaumont et Louis Lumière avec Tino Rossi, clichés de Fernandel, de Raimu, de Suzy Delair …

2ème lettre de Pagnol à Moiroud (collection R. Besson)

J’ai découvert de nombreuses anecdotes sur des côtés insolites du cinéma.
Ne voulant pas collaborer avec les Allemands, Marcel Pagnol simula un accident (explosion d’un sunlight qui lui avait endommagé la vue) avec photo à l’appui, et témoignage de médecins. Je possède la photocopie de l’article de presse, inquiétant, sur cette supercherie.
J’ai reçu également une confidence sur le tournage du « GARDIAN ». Tino Rossi était doublé pour les scènes à cheval par un gardian. Celui-ci faisait cabrer le cheval ce qui était d’un bel effet et Monsieur Moiroud l’avait photographié. Tino Rossi voulut imiter cette performance, il réussit à faire cabrer la bête le temps d’un cliché mais il ne réédita pas la chose pour le film et c’est bien le gardian qui figure dans le film. Je possède la copie des 2 photos.

Sur le tournage de la « PRIÈRE AUX ÉTOILES » Marcel Pagnol avait admis exceptionnellement deux invités Pierre Benoit et sa femme. Habituellement Pagnol restait dans la cabine du son pour écouter la scène, mais à cette occasion, l’accessoiriste avait installé trois fauteuils en retrait de la caméra. Henri Moiroud les photographia, émerveillé du jeu de Josette Day et Pierre Blanchar. Le cliché fut confié à TOE (avec au dos un texte : « Monsieur et Madame Pierre Benoit assistent en compagnie de leur ami Marcel Pagnol au tournage de la Prière aux étoiles ») et parut dans les cahiers du cinéma. Quelques jours plus tard, la véritable Madame Benoit reçut la revue et constata les infidélités de son époux (il avait 56 ans et plus de 35 ans de mariage dixit Henri Moiroud). Elle téléphona  à Marcel Pagnol : « Marcel, Ne crois-tu pas que mon mari se suffit ainsi en sortant avec sa maîtresse sans que tu sois obligé de lui faire de la publicité ?...


 





Marcel Pagnol convoqua Henri Moiroud (c’était en 1941, il y avait peu de temps qu’il travaillait au studio). Il reçut quelques conseils pour devenir un bon journaliste. Il répondit « Monsieur Pagnol, en voyant ce couple si souriant, si détendu… du même âge… j’ai pensé… » .Pagnol l’arrêta net et lui confia à l’oreille « Tu as raison ! Quand on prend une maîtresse, on la prend jeune et jolie ! »
Henri Moiroud a rédigé pour ses petits enfants un cahier de souvenirs qu’il a intitulé « Une valse ». Il serait intéressant que sa famille fasse éditer ce travail.
J’ai amené au domicile de Monsieur Moiroud plusieurs journalistes qui ont ainsi rédigé plusieurs articles très intéressants. Parmi ces visiteurs, outre Fernand Meric producteur de films, le Directeur des archives départementales que j’avais avisé de l’intérêt de conserver cet ensemble de documents inédits.


 Fernandel pose pour Henri Moiroud qui le photographie, 1945 (www.archives13.fr)

Il faut savoir que pour chaque tournage, Monsieur Moiroud réalisait beaucoup de clichés. Le lendemain, après développement, il les présentait au réalisateur qui choisissait ceux qui l’intéressaient et les lui payait, le surplus (les invendus) restait la propriété du photographe.

Cette exceptionnelle collection de photos (plus de 5000 dont des Raimu, Fernandel…) suite à mon initiative a donc été acquise par les archives départementales des Bouches du Rhône, après qu’Henri Moiroud ait identifié chaque négatif. Des expositions ont été organisées dans la région.

Monsieur Moiroud nous a quittés en 1999, il me laisse le souvenir d’un formidable conteur d’anecdotes, d’une mémoire du cinéma : je pense à une revue de Mistinguett qu’il m’a dit avoir filmée et dont on a perdu la trace ; il m’a raconté aussi avoir tourné une séquence de Manon des sources l’opérateur étant parti.

Henri Moiroud m’a offert quelques documents, il a aussi photographié mon fils avec sa femme et son fils, une merveilleuse lumière illumine ce cliché : tout l’art d’Henri Moiroud

Il m’avait expliqué pour certains clichés en extérieur avoir réfléchi la lumière avec un bâton. Il s’insurgeait de voir publier ses photos sans qu’il soit même fait mention de son nom. Souhaitons qu’un jour, la profession cinématographique rende à Henri Moiroud la place qui lui revient. Lorsque je vois des cartes postales ou des documents tirés de ses photos de « La fille du puisatier » ou de « Manon des sources », je cherche attentivement mention de son nom et ne le trouve pas. Et pourtant ces photos sont très connues et appréciées.



Portrait de Josette Day par Henri Moiroud, 1941 ((www.archives13.fr)




 (Article publié dans Cinéscopie n°20 - Décembre 2010)













mardi 6 janvier 2015

LES PLUS BELLES MUSIQUES DE FILMS


FURYO

NAGISA OSHIMA
1983
Musique de Ryuichi Sakamoto

Merry Christmas Mr. Lawrence 










vendredi 26 décembre 2014

TECHNIQUE - Projecteur - Silma 240 S


LE PROJECTEUR SILMA 240 S
Par Michel Gallois 


Je tenais à vous présenter ce projecteur, comme simple utilisateur. Le Silma 240 S fut un excellent projecteur muet et sonore dont la conception et la qualité de fabrication vont retenir l’attention de la marque Bolex, pour son premier projecteur super 8 mm sonore, le célèbre SM8, directement dérivé de la version super 8 mm du Silma 250 S fabriqué en Italie. 

Le Silma 240 S (photo Lionel Proust) 

C ‘est du solide ! Essentiellement fabriqué en métal (environ 11 kilos). La fixité est bonne et assurée par une griffe à deux dents ainsi que le défilement par deux débiteurs dentés dont l’inférieur est de grand diamètre. 

La luminosité, elle aussi, est bonne avec une lampe quartz avec miroir et condenseur optique. Le centrage est réglable et une position sous-voltée est disponible pour la sonorisation (25%) : 12 V/100 W. 

Une turbine indépendante silencieuse assure un refroidissement efficace. 

Le zoom de base en monture Ø 25 : 15/25 mm ouvert à 1,3 pouvait être complété par une focale fixe : 20 mm ouverte à 1,3, plus lumineuse. Le réglage du point se fait par un bouton latéral. 


Le bloc porte-objectif basculé (photo Lionel Proust) 

Le bloc porte-objectif bascule afin d’avoir accès au couloir et à la fenêtre. Le presseur est du côté émulsion. Deux presseurs latéraux maintiennent le film. 

La capacité de bobine est de 250 mètres. 

Les vitesses sont de 18 ips et 24 ips. Le changement de vitesse est mécanique, par la variation du diamètre de la poulie-moteur. 

Une courroie crantée assure l’entraînement des bobines. 

Le chargement est simple et actionné par le levier au-dessus du débiteur supérieur. Cette solution sera reprise par Beaulieu sur le 708 EL, tout comme le réglage du cadre par variation de la hauteur de la fenêtre. 

Le système avec deux canaux est simple et efficace. Il préserve les têtes magnétiques. 

Deux potentiomètres : un pour le volume et l’autre pour la tonalité. Une sortie est prévue pour le haut-parleur en 5 , puissance de 4 W et une autre pour brancher une lampe de salle synchrone. 

Les caractéristiques, en enregistrement-reproduction étaient données pour : 75 à 8000 Hz à 24 ips. 

Deux entrées : une pour « le phono » et l’autre pour « le micro », enregistrement avec surimpression possible. 

Origine du projecteur : 1964 

Prix (en 1965) : environ 1200 francs 

Accessoires proposés : mélangeur pour le son et valise avec haut-parleur habillée façon cuir, de couleur beige, avec garniture intérieure en velours vert. 

Le Silma 240 S capot arrière enlevé (photo Lionel Proust) 

J’ai acquis ce projecteur d’occasion, aux Puces de Montreuil, avec sa valise. J’ai juste remplacé la courroie moteur et l’objectif d’origine par un Berthiot : 17/28 mm ouvert à 1,3. 

J’apprécie le silence du fonctionnement de cet appareil avec une bonne luminosité. Il ne chauffe pas, la reproduction du son est bonne (je n’ai cependant pas effectué d’enregistrement) surtout à 24 ips. 

A ce jour, les copies de films en 8mm standard sonore sont rares mais on trouve de nombreuses copies en muet et ce projecteur est bien agréable à utiliser car il accepte sans problème les longs métrages.


 (Article publié dans Cinéscopie n°13 - Mars 2009)